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Un passage extraordinaire d'Aigles bottés,
en octobre 2004, dans le Sud-est de la France.

L'Aigle botté est un rapace migrateur qui rejoint ses quartiers d'hivernage africains au mois d'octobre. Son observation, sans être rare, est toujours un moment de grande émotion pour les ornithologues. Il migre seul ou en petit groupe de quelques individus. La population française niche dans la partie sud du pays, zone méditerranéenne exceptée. Les sites privilégiés d'observation de la migration voient passer une centaine d'individus en une saison (Col d'Organbidexka par exemple, dans les Pyrénées-Atlantiques).

Aigle botté, photo Jean-Laurent Hentz


Aussi, la surprise fut de taille à l'annonce des observations audoises du dimanche 10 octobre 2004 : pas moins de 300 Aigles bottés avaient été observés, en cinq heures ! Un nombre jamais vu ! Mais ce qui interpelle encore plus les ornithologues, c'est que les oiseaux suivent une direction de vol vers le Nord-Nord-Ouest (à la place de la direction de migration "normale" vers l'Espagne, au sud...) !

Le dimanche après-midi, 150 oiseaux sont observés du côté de l'Etang de l'Or, dans l'Hérault, qui suivent une direction Est. Les infos circulent vite sur le Net... et c'est tant mieux !

Lundi 11 octobre : au moins 23 oiseaux sont observés entre Montpellier et Prades-le-Lez, laissant penser que les oiseaux quittent le littoral pour aller plus vers le Nord... Et plus de 80 oiseaux sont encore observés à Gruissan - Aude - prenant la direction du Nord ! Dans le même temps les autres rapaces et les passereaux descendent bien vers le sud...

Mardi 12 octobre, un premier oiseau est observé à Beaucaire, au ras des habitations, vers 11 heures. A midi, 6 oiseaux tournent sur la carrière de Beaucaire, 5 autres suivent le talus des Costières, un autre se fait houspiller par une Corneille noire sur le plateau et, fait qui nous a particulièrement touchés, un oiseau tourne à 10 mètres de haut au dessus du Mas du Boschet Neuf, siège de l'association Gard Nature !

Le branle-bas de combat qui s'ensuit nous amène à Bellegarde (8 oiseaux) et nous fait longer le talus des Costières jusqu'à Beaucaire, suivant deux groupes de 8 puis 3 oiseaux !
Nous estimons ce matin à un minimum de 23 les oiseaux observés sur ces deux communes. L'après-midi, nous grimpons en haut du Pic de l'Aiguille, à Comps, pour retrouver 6 oiseaux qui ont traversé le Rhône, survolent Tarascon (Boûches-du-Rhône) et volent tranquillement vers les Alpilles... L'orage en cours de formation sur la zone doit inquiéter les suivants qui filent vers Avignon, après des tentatives de chasse sur Comps et Vallabrègues. Au total, 12 oiseaux ont été observés cette après-midi, partant tous vers l'est (ou nord-est !).

Cette suite d'observations sans précédent laissent les ornithologues pantois... Les oiseaux vont-ils rejoindre l'Italie et descendre ensuite jusqu'en Afrique (ils seront alors peut-être observés sur le site de Fort de la Revère, à Eze, dans les Alpes-Maritimes)? Pourquoi un mouvement d'une telle ampleur cette année ? Passe-t-il inaperçu les autres années (malgré la pression d'observation qui s'accroît sans cesse) ? De nombreuses questions se posent : nous vous indiquerons les hypothèses à venir...

Pourtant, dans le même temps, Busard des roseaux, Faucons émerillons et crécerelles, Buses et Hirondelles filaient bien dans la direction habituelle (sud-ouest vers l'Espagne et l'Afrique).

Nous avons le plaisir de remercier tous les observateurs qui ont fait part de leur étonnement, et permis d'alimenter cette rubrique, sur la liste Internet "Obsmedit" :
Benjamin Adam, Gilles Balança, M.A. Bouchet, Dominique Clément, Marc Duquet, Anthony Froissard, Frédéric Garcia, Jean-Laurent Hentz et Cécile Veyrat, Jean-Yves Kernel, François Loppin, Cédric Peignot, Vincent Rufray, Elisabeth et Roger Védère.



Aigle botté, photo Jean-Laurent Hentz